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Bourses au plus haut avec une prime de risque actions sous pression

· Par Sergio Ávila

Records à Wall Street, Europe solide et une valorisation qui exige une confirmation macro

Graphique quotidien (1D) — TradingView · AMEX:SPY

Ce qui s’est passé cette semaine

Clôtures de vendredi : Wall Street conserve le leadership, l’Europe suit

La photo de clôture du vendredi 29 mai a été constructive. Le S&P 500 a terminé à 7.580,06 points à 23h03 CEST, avec une progression hebdomadaire de 1,80%. Le Nasdaq Composite a clôturé à 26.972,62 points, avec une hausse hebdomadaire de 2,39% implicite dans la récente séquence de clôtures. Le biais reste haussier, mais les cours intègrent déjà beaucoup d’exécution parfaite.

L’Europe a suivi avec une pente plus modérée. L’Euro Stoxx 50 a clôturé à 6.050,54 points le vendredi 29 mai. L’IBEX 35 a terminé autour de 18.387,41 points à Madrid, avec les banques et l’énergie qui soutiennent encore une grande partie du ton relatif. En Espagne, Santander, BBVA et Iberdrola restent des valeurs directrices en raison de leur sensibilité aux taux, au crédit et au coût du capital.

L’ampleur du marché ne confirme pas avec la même clarté que l’indice principal. Le Russell 2000 a clôturé à 2.919,34 points, ce qui laisse un ratio Russell 2000/S&P 500 à 0,3851. Le VIX a clôturé à 15,32, cohérent avec l’appétit pour le risque. Le rally reste en vie, même si la moindre traction relative des small caps face à la technologie indique que le leadership demeure concentré.

Macro de la semaine : l’inflation sous-jacente américaine ne procure toujours pas assez de répit

La donnée macro la plus importante a été la persistance de l’inflation sous-jacente aux États-Unis. Le core PCE mensuel a progressé de 0,3% en mars, en ligne avec le consensus, tandis que le taux en glissement annuel est resté élevé. Cette publication n’aggrave pas le tableau, mais elle n’ouvre pas non plus la voie à un assouplissement rapide de la Fed.

Ce message a un impact direct sur la valorisation. Lorsque l’inflation sous-jacente ne décélère pas clairement, le marché exige des taux réels plus élevés pendant plus longtemps. Cela augmente le taux d’actualisation et pénalise particulièrement les actifs de longue duration. Nvidia, ASML et l’ensemble du complexe des semi-conducteurs le supportent mieux grâce à la croissance des bénéfices, mais le seuil d’exigence est de plus en plus élevé.

En Europe, l’implication est différente. Les actions continentales restent soutenues par leur composition sectorielle. Les banques européennes peuvent continuer à bien se comporter si la courbe ne s’effondre pas, mais la nuance compte : des taux plus élevés soutiennent la marge financière, tout en augmentant aussi le risque de défaut, en tendant la qualité du crédit et en accentuant la sensibilité aux spreads souverains. Pour des utilities comme Iberdrola, la clé reste le coût de la dette et la capacité à le répercuter dans la valorisation régulée.

Cross-asset : dollar ferme, obligations exigeantes et une ERP déjà trop étroite

Sur le marché des changes, l’EUR/USD évolue à 1,1337, un niveau qui ne reflète toujours pas un virage agressif en faveur de l’euro. Sur le marché obligataire, le Treasury à 10 ans a clôturé près de 4,453%. Sur les matières premières, le Brent a terminé à 91,12 dollars et l’or à 4.593,00 dollars. Le message d’ensemble est clair : un marché à l’aise avec la croissance, mais pas avec une désinflation rapide.

La métrique institutionnelle de ce bloc est la prime de risque actions. En prenant la clôture du S&P 500 à 7.580,06 et un BPA forward consensuel pour 2026 autour de 305 dollars, le PER implicite ressort à 24,9 fois. Le earnings yield qui en résulte est de 4,02%. Face à un Treasury à 10 ans à 4,453%, l’ERP ressort à -0,43%. Ce chiffre est exigeant et limite la marge pour une expansion supplémentaire des multiples.

La lecture relative plaide pour la discipline. Si l’obligation reste au-dessus de 4,40%, les actions ont besoin d’une croissance réelle des bénéfices plus forte pour justifier les prix. Cela donne un meilleur profil à la qualité, aux infrastructures liées à l’investissement public et aux banques domestiques bien capitalisées. Dans la consommation, Inditex conserve un avantage d’exécution, même si le marché surveillera l’élasticité des marges si le dollar et les coûts logistiques repartent à la hausse.

Ce qui peut faire bouger la semaine prochaine

Résultats : focus sur CrowdStrike et Broadcom comme baromètre du logiciel et de l’IA

L’agenda des entreprises pour la semaine du lundi 1er au vendredi 5 juin est moins chargé qu’en avril, mais il conserve des noms à lecture transversale. CrowdStrike publie ses résultats le mardi 2 juin après la clôture, ce qui correspond à la nuit de mercredi en CEST. Broadcom publie le jeudi 4 juin après la clôture, déjà tard dans la soirée européenne. Ce sont deux références importantes pour le logiciel, la cybersécurité, l’infrastructure et la demande en IA.

Scénario central (55%) : les deux entreprises dépassent les attentes en chiffre d’affaires, mais maintiennent des guidances prudentes. Cela soutiendrait le Nasdaq et les semi-conducteurs, avec Nvidia et ASML comme bénéficiaires indirects. Scénario haussier (25%) : nette amélioration de la guidance et du capex des entreprises. Dans ce cas, le marché récompenserait à nouveau la croissance séculaire et la courbe des bénéfices justifierait une partie du multiple actuel. Scénario adverse (20%) : surprise décevante sur les commandes ou la monétisation. Une telle issue pénaliserait les logiciels de longue duration et ouvrirait une rotation vers les financières, l’énergie et la value.

Au-delà du titre, c’est la qualité de la demande qui compte. Si Broadcom confirme l’intensité sur les réseaux, les custom silicon et les dépenses des hyperscalers, le marché acceptera des multiples élevés un peu plus longtemps. Si CrowdStrike montre une expansion commerciale plus faible, la lecture sera plus fine : le logiciel continue de croître, mais le budget des entreprises commence à discriminer. Cette nuance est clé pour comprendre pourquoi le Nasdaq monte encore avec une ampleur plus faible en dehors des mégacapitalisations.

Macro : l’ISM et l’emploi américain mesureront si mai prolonge le cycle sans rouvrir l’inflation

La semaine prochaine concentre la partie la plus sensible du calendrier de court terme. L’ISM manufacturier américain sera publié le lundi 1er juin. L’ISM des services arrivera le mercredi 3 juin. La référence majeure sera le rapport officiel sur l’emploi aux États-Unis le vendredi 5 juin à 14h30 CEST. Cette donnée définira la prochaine jambe des taux, du dollar et de la duration actions.

Scénario central (50%) : ISM en zone d’expansion modérée et payrolls solides, mais sans accélération salariale perturbatrice. Ce tableau maintiendrait le S&P 500 au-dessus de 7.500, avec un Treasury stable entre 4,35% et 4,50%. Scénario haussier (20%) : refroidissement salarial et données d’activité résilientes. Ce serait positif pour le Nasdaq, les utilities défensives et le crédit investment grade. Scénario adverse (30%) : emploi trop fort ou salaires en hausse. Ce résultat ferait monter les rendements, renforcerait le dollar et mettrait sous pression les multiples de croissance.

Sectoriellement, la lecture est très différente selon le modèle d’activité. Les banques européennes apprécieraient une courbe qui ne s’effondre pas, mais avec une surveillance sur les défauts et le coût du risque. Les utilities gagneraient si les rendements baissent, même si leur sensibilité au coût de la dette reste élevée. La consommation discrétionnaire ne conservera de la traction que si la demande finale soutient les marges. Sur ce point, Inditex part avec une meilleure position que la moyenne européenne grâce à sa discipline opérationnelle et à sa rotation des stocks.

Géopolitique : l’Iran et l’OPEP+ peuvent modifier l’énergie, l’inflation implicite et la rotation sectorielle

Le front géopolitique pertinent pour la semaine prochaine continue de passer par le Moyen-Orient et par la politique d’offre pétrolière. Reuters et la presse financière internationale ont maintenu l’attention sur les discussions concernant l’Iran et sur la stratégie de l’OPEP+ avant sa prochaine décision de production. Le mécanisme de transmission est direct : toute anticipation d’une offre plus abondante pèse sur le Brent, réduit l’inflation implicite et donne un peu d’oxygène aux multiples ; toute interruption produit l’effet inverse.

Scénario central (60%) : l’OPEP+ évite un virage brutal et le marché maintient le Brent dans une fourchette proche de 88-94 dollars. Cela favorise une poursuite ordonnée de la prise de risque, avec une énergie qui ne déborde pas et des obligations sans nouvelle tension. Scénario haussier (15%) : avancée diplomatique avec l’Iran et signal d’une offre suffisante. Dans ce cas, le brut et les breakevens reculeraient, et le Nasdaq recevrait un soutien supplémentaire via l’actualisation. Scénario adverse (25%) : détérioration politique ou message restrictif sur la production. Un Brent au-dessus de 95 dollars compliquerait la désinflation et renforcerait le dollar.

La dérivée européenne est importante. Un pétrole plus élevé pénalise la consommation et le transport, mais soutient les pétrolières et une partie de la value. Pour l’Espagne, un renchérissement persistant du brut exerce une pression sur les coûts des entreprises et réduit la marge du revenu disponible. Pour les banques, l’effet est mitigé : plus d’inflation peut retarder les baisses de taux, mais détériore aussi la qualité du crédit des ménages et des PME. Le marché récompensera les bilans robustes, non une exposition indiscriminée au cycle.

Conclusion

Le marché entre en juin avec une combinaison exigeante : records à Wall Street, Europe solide, faible volatilité et prime de risque actions négative face au Treasury. Cela n’impose pas un retournement baissier immédiat, mais cela change la nature de l’opportunité. À partir d’ici, la poursuite de la jambe haussière dépend moins d’une expansion des multiples que de la validation des prix par les bénéfices. Nvidia, ASML et le bloc technologique dominent encore le leadership. Malgré cela, la prochaine progression durable exige que la croissance des entreprises continue d’accélérer tandis que l’inflation ne recommence pas à se tendre.

La thèse centrale reste celle d’une continuité sélective, pas d’une hausse linéaire. Elle serait invalidée si l’emploi américain réaccélère les salaires, si le Treasury dépasse durablement 4,60% ou si le Brent casse à la hausse au-dessus de 95 dollars. Dans ce contexte, la couverture naturelle passe par le dollar, l’or et la duration courte obligataire, ainsi que par une exposition défensive à la santé et aux utilities à bilan solide. Si, à l’inverse, l’obligation se détend et que le brut se stabilise, le marché aura de la marge pour prolonger le biais favorable avec un meilleur comportement relatif des small caps et des banques européennes de qualité.

Cet article constitue une information financière générale et ne représente pas une recommandation d’investissement.

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